L'INCIDENT
DU BAY AREA RAPID TRANSIT (BART)
D'après ANDERSON Robert M., PERRUCI Robert, SCHENDEL Dan E. et TRACHTMAN
Leon E.
Le 2 mars 1975,
Holger Hjortsvang, 61 ans, ingénieur à BART est convoqué
par son supérieur Mr Ray. Celui-ci le reçoit, accompagné
d'un autre supérieur Mr Kramer et l'informe que la Direction générale
a décidé de se séparer de lui, mais aucune raison n'est
donnée. Hjortvang refuse d'abord de démissionner puis accepte
devant la somme importante qui lui est proposé. On l'accompagne à
son bureau pour qu'il récupère ses affaires personnelles.
Plus tard dans
la matinée, il reçoit un coup de fil de Max Blankenzee, 30 ans,
également employé comme ingénieur chez BART, et travaillant
dans le même département que lui. Hjortsvang lui annonce la mauvaise
nouvelle et l'informe qu'il est attendu par ses supérieurs. Ray et Kramer
lui demandent de démissionner, Ray précise que " c'est en
rapport avec ses relations avec Burfine ". Edmund Burfine était
un consultant privé qui avait écrit un rapport au sujet des problèmes
de sécurité du système de contrôle automatique du
train BART, il avait présenté son rapport au bureau des directeurs
de BART. Les dirigeants de l'entreprise avaient été choqués
parce qu'ils n'avaient pas commandé le rapport et que Burfine ne voulait
pas donner le nom de son commanditaire. Dans tous les cas, Blankenzee refusa
de démissionner et fut renvoyé.
Le lendemain matin Robert Bruder, 49 ans, également ingénieur
chez BART mais dans un autre département fut convoqué par ses
supérieurs. Quand on lui demanda s'il connaissait Burfine, il dit non.
Ses supérieurs répondirent qu'ils avaient de bonnes raisons de
croire qu'ils se connaissaient, ils lui demandèrent de démissionner.
Il refusa et fut renvoyé.
Ces trois renvois sont le point culminant d'une affaire complexe
L'histoire commença
dans les années d'après guerre quand l'idée fut émise
de construire un train pour relier San Fransisco à l'autre côté
de la Baie en utilisant un système de train électrique à
grande vitesse. Après de longues négociations, la société
BART fut créée en 1957. La conception du train fut approuvée
n 1962. Le personnel de BART, peu nombreux fut embauché par un consortium
d'entreprises, appelé PBTB. L'idée était de s'appuyer autant
que possible sur des compétences extérieures.
La construction du train commença en 1966,Hjortsvang fut embauché
cette année là comme ingénieur de contrôle et des
communications. Il supervisait les spécifications du système de
contrôle automatique du train réalisé par PBTB. Plus tard
Westinghouse récupéra une partie du contrat et Hjortsvang continua
son travail auprès de PBTB et de Westinghouse.
En 1969, le supérieur de Hjortsvang approuva sa demande de répondre
à l'invitation faite par Westinghouse d'aller travailler à Pittsburg
avec le groupe de concepteur du système automatique. Il y passa 10 mois
puis repris ses activités habituelles à BART. C'est à cette
époque qu'il a commencé à s'intéresser aux problèmes
du système de contrôle automatique et les problème d'organisation
lié à la supervision des activités de PBTB et Westinghouse.
Il écrivit à l'époque cinq rapports à ce sujet qu'il
envoya à ses supérieurs, auxquels il n'eut jamais de réponses.
En novembre 1969 quelques mois après son retour de Hjortsvang de Pittsburg,
Robert Bruder fut embauché par BART. Son travail consistait à
coordonner les contrats concernant le contrôle du train. Tandis que Hjortsvang
était à la division des opérations, Bruder travaillait
à la division construction et ingénierie. Il avait des relations
à la fois avec la division des opérations de BART mais également
avec PBTB et Westinghouse. Bruder n'avait pas de très bonnes relations
avec son supérieur direct Fendel. A plusieurs occasion il a évoqué
l'insuffisance des programmes de tests de PBTB et Westinghouse, mais Fendel
lui répondait que cela ne relevait pas de leur département.
En mai 1971 Max Blankenzee fut embauché à son tour dans la division
des opérations avec Hjortsvang. Son travail consistait à suivre
de près celui de Westinghouse et de faire en sorte d'être capable
d'assurer ensuite la maintenance du système. Il fut vite conscient des
problèmes mis à jour par son collègue Hjortsvang.
En fait le travail
à BART n'était pas très clairement défini. Et selon
les trois ingénieurs, si BART s'était un peu plus préoccupé
de ce qui se passait, ils n'auraient pas eu besoin d'aller si loin.
Les années 1970 et 1970 furent un tournant pour BART. Au cours des années
1971, époque de teste des prototypes et du système de contrôle
sur les rails construits à cette fin. De nombreux problèmes apparurent
aussi bien technique qu'en terme d'organisation. Mais personne ne s'en étonnait
car il s'agissait d'un système de transport très innovant à
tout point de vue. Tout le long de l'année 1970 les préoccupations
de Hjortsvang au sujet de l'insuffisance du programme de teste de Westinghouse
ainsi qu'au sujet du manque de coordination de Westinghouse et de PBTB étaient
toujours à l'ordre du jour. Au début de l'année 1971, à
nouveau sans réponse suite aux questions posées à ce sujet
à son supérieur, Hjortsvang décide de sortir des rails
et de soumettre son problème au bureau des directeurs de BART. Un tiers
arrange une rencontre entre Hjortsvang et Blake un des directeurs de BART mais
la rencontre n'eut jamais lieu car Hjortsvang eut peur.
Plusieurs mois plus tard il tenta une autre approche. Il organisa une réunion
avec Bruder et Jay Burns afin d'obtenir d'eux le soutien dans sa démarche
auprès de la direction de BART. Mais les deux ingénieurs refusent.
Hjorsvang abandonna.
Pendant ce temps, Blankenzee devint de plus en plus préoccupé
par la question du système de contrôle du train. Au cours de l'année
1971 il envoya plusieurs rapports à ce sujet à ses supérieurs.
Il craignait que lui ou un autre ingénieur de BART hérite d'un
système incompréhensible et dont la maintenance serait impossible.
L'évaluation fait par Blankenzee de la situation réveilla le souci
de Hjortsvang et Bruder.
En novembre 1971, Hjortsvang distribua un rapport anonyme à tous les
niveaux hiérarchiques de BART qu'il pu toucher. Il y proposait aussi
la création d'un Département d'ingénierie des systèmes.
Les dirigeants interprétèrent cela comme une volonté de
prise de pouvoir personnelle.
En novembre 1971,
les trois ingénieurs tentèrent d'organiser une rencontre avec
un directeur de BART pour évoquer cette question. Un contact fut pris
avec Blake. Une réunion fut prévue avec Blake, donc, ainsi que
Bianco un autre directeur. Selon les dire des trois ingénieurs, Blake
demanda d'une expertise extérieure soit faite avant ce rendez-vous.
Blankenzee contacta alors Burfine pour vérifier s'il confirmait les doutes
qu'il partageait avec ses deux collègues. Il produit un document de sept
pages daté du 12 janvier 1972. Finalement le rendez-vous avec Blake et
Bianco n'eut jamais lieu.
Ce qui eut lieu en revanche c'est qu'un autre directeur Helix commença
à s'intéresser au problème. Début janvier Hjortsvang
et Blankenzee le rencontrèrent en dehors de l'entreprise. C'était
une réunion confidentielle. Hjortsvang donna deux exemplaires du rapport
qu'il avait diffusé dans l'entreprise, insistant sur son âge et
son souhait de laisser sa famille en dehors de tout souci. Hélix promis
que rien n'arriverait aux deux ingénieurs. Mais le lendemain, le journal
local publiait un article sur les problèmes internes de BART ; le texte
de Hjortsvang était publié intégralement.
La direction de BART chercha d'où venaient les informations, les trois
ingénieurs furent convoqués, nièrent toutes relations avec
cette histoire. Le 22 février 1972, Burfine présenta à
la demande de Hélix son rapport au comité de l'ingénierie
un sous comité du bureau des directeurs. Trois jours plus tard il fit
la même présentation au bureau des directeurs. Le bureau vota à
10 contre 2 contre le rapport. Ils refusèrent même de payer le
travail.
Les raisons des licenciements étaient :
Que l'affaire avait fait du bruit et nuit à BART et nuit à leur
travail
Que les ingénieurs avaient nié avoir des relations avec Burfine
et Hélix
Ils étaient coupables d'insubordination
Ils ne se préoccupaient pas de l'intérêt public mais uniquement
de leur intérêt personnel
Le train couvre
3 comté : San Fransisco, Alameda et Contra costa
Le bureau des directeurs est composé de 12 directeurs, 4 de chaque comté
Le projet est financé par des fonds publics
PBTB dirige la construction du système
Ils sous-traitent à Westinghouse l'ATC system automat train contrôle
Le 2 octobre 1972
plusieurs passagers furent blessés suite à un incident à
Frémont lié à une panne du système ATC, qui confira
malheureusement les analyses des trois ingénieurs.
Traduction extraite
de Divided Loyalties. Whistleblowing at BART, Purdue University Studies
in Science, Technology and Human Values, West Lafayette, 1980. |