- Hans Peter Dürr -

 

Hans-Peter Dürr, né en 1929, est directeur au Max-Planck-Institute de physique (Werner-Heisenberg-Institute) et professeur de physique à l'université de Ludwig Maximilian, toutes les deux à Munich, Allemagne.

En plus de la physique nucléaire, des particules et de l'attraction universelle élémentaire, de l'épistemologie et de la philosophie, il a été professionnellement en activité dans les domaines de la science et en responsabilité de politique énergétique. Depuis 1979, il a parlé et a combattu contre l'énergie nucléaire et a initié des groupes d'étude dans diverses universités sur les questions d'énergie et les plans "doux" d'énergie de la communauté.

 

Hans Peter Dürr (cf arte)
"Peu m'importe comment tu gagnes ta vie. Ce qui m'intéresse, ce sont tes aspirations, si tu oses t'abandonner aux élans de ton cœur. Peu m'importe ton âge. Mais je veux savoir si tu es prêt à des folies pour l'amour, pour tes rêves, pour l'aventure d'être en vie."

Un scientifique qui lit des poèmes indiens, un spécialiste de physique atomique qui s'aventure bien au-delà du cadre strict et étroit de sa discipline, qui cherche le dialogue et les gens, qui s'engage de façon crédible pour un avenir viable sur la planète bleue. C'est Hans Peter Dürr, spécialiste de physique atomique à Munich.

Sa spécialité, la mécanique quantique, est invisible, théorique et abstraite : elle décrit par des formules le comportement des particules élémentaires, les plus petites unités de la matière. Comment est-il devenu cette sorte d'apatride de la connaissance ? d'où lui vient, en tant que scientifique, cette forte motivation et cette volonté d'exercer une influence politique ?

Retour en arrière : En 1945, âgé d'à peine 15 ans, il devient soldat, chargé de contribuer à la "victoire finale". Durant les années suivantes, il a le sentiment d'être un „horrible allemand“, méprisé par le reste du monde. Il étudie la physique. Mais sa principale interrogation est ailleurs : Quelle erreur avons-nous commise ? Qu'avons-nous laissé faire ?

Hans Peter Dürr
"La véritable faute réside dans le fait d'observer les choses, de les laisser se dérouler et de ne pas intervenir. Il faut se mêler des choses, qu'elles nous concernent directement ou non. Face à quelque chose qui nous paraît injuste : il faut intervenir. J'ai alors compris clairement que je ne devais pas accepter les frontières, les cloisons. Donc je me mêle de tout ce qui croise ma route – que ça me regarde officiellement ou pas."

Dans les années 50, à l'université de Berkeley aux États-Unis, puis plus tard en Allemagne, Hans Peter Dürr s'intéresse aux énigmes fondamentales de la physique des particules élémentaires –déjà abordées par Max Planck et Albert Einstein : Comment fonctionne l'atome ?

Faisceaux d'électrons, mondes quantiques ; les plus petits éléments de l'atome, les infimes composants de toute matière, échappent à notre imagination. C'est la grande découverte du XXe siècle : l'atome dans son ensemble est un système oscillatoire quantique.

Hans Peter Dürr
"La matière a disparu ; il ne reste que la relation. C'est très difficile pour nous. On imagine seulement une relation entre plusieurs entités ; j'ai ça et ça, voici une relation entre la main gauche et la main droite, ou entre les deux doigts. Mais comprendre les relations sans aucune base matérielle, c'est beaucoup plus difficile. Ce que dit la mécanique quantique, c'est qu'en fait, le monde n'est pas constitué de matière ; la matière est quelque chose qui vient ensuite. Au départ, il n'y a que la relation. Et il est impossible de décomposer le monde en petits morceaux – ça, ça n'existe que dans notre tête."

Avec la fission nucléaire, les physiciens du XXe siècle ont libéré le pouvoir des petites particules – et réalisé le danger trop tard. Tous ont œuvré à la construction de la bombe atomique, y compris les grands maîtres de Dürr, Werner Heisenberg en Allemagne et Edward Teller aux États-Unis, le „père de la bombe“. C'est de cette ambivalence – et de la douloureuse question de la responsabilité des scientifiques – qu'est né dans les années 70 l'engagement de Dürr en faveur de l'environnement et contre la course à l'armement nucléaire en pleine guerre froide.

Teller, au contraire, a encouragé l'administration américaine du président Reagan à se lancer dans le projet de "guerre des étoiles", qui consistait à situer le théâtre de la guerre atomique dans l'espace proche de la Terre. En Allemagne, les têtes nucléaires russes et américaines se faisaient directement face....

Les scientifiques de l'autre bord, parmi lesquels Hans Peter Dürr, ont alors fondé l'initiative Pugwash pour la paix et le désarmement. Ils se sont rencontrés à l'académie soviétique des sciences, à Moscou, sous le regard suspicieux des services secrets d'Est et d'Ouest. Leur objectif : se parler et empêcher un conflit atomique. En 1995, Pugwash recevait le prix Nobel de la paix... Hans Peter Dürr avait déjà reçu en 1987 le prix Nobel "alternatif" pour son intervention contre l'initiative de guerre des étoiles.

Et aujourd'hui ? Le nouveau millénaire devrait être marqué par la présence de l'Homme dans l'espace. Première étape : ISS, la station spatiale internationale, qui sera terminée en 2004, date à laquelle on pourra donc vivre et travailler durablement dans l'espace. Pendant dix ans, les conséquences de l'apesanteur sur l'Homme et la matière y seront testées, étape indispensable avant de progresser plus loin dans le système solaire. Coût estimé de la construction d'ISS : 350 milliards de francs.

En 2019, 50 ans après le premier alunissage, commencera la conquête de Mars. Distance : 100 millions de kilomètres. Durée du vol : 8 mois. Malgré une température de -50 degrés et de dangereux rayonnements cosmiques, Mars est considérée comme une base avancée colonisable au sein du système solaire. La NASA a déjà élaboré des scénarios pour rendre Mars vivable pour la colonie terrienne ; il existe même des projets de „Homo Alterior“, l'émigrant vers Mars modifié génétiquement. Quel intérêt pour nous qui resterons sur la Terre ?

Hans Peter Dürr
"L'idée est simplement de faire autrement : moi tout seul, tant pis pour les autres, ça n'est pas viable. Il faudrait au contraire former les gens. Il faut avancer, bien sûr, mais il faut aussi se demander : est-ce que mon idée peut profiter aux autres ? Car on ne survivra pas seul. Il faut que tout le monde en bénéficie, pas seulement par altruisme, on est obligé de tenir compte des autres humains si on veut progresser soi-même. Cet égoïsme qui consiste à dire : je ferai avancer le monde à moi tout seul, j'abandonne mes congénères à leur sort – c'est précisément ce qui conduit finalement à se détruire soi-même."

Au XXIe siècle, faut-il revenir à une „science pure“, quelle que soit sa finalité ou ses bénéficiaires ?

Hans Peter Dürr
"Qu'on laisse les gens partir sur Mars, et même tout de suite ! Tous ceux qui veulent ! Mais qu'on prenne d'abord leur argent pour financer le voyage et qu'on les mette dans des fusées. Ils construiront là-haut la vie qu'ils veulent. Nous, en bas, on sera un peu plus tranquilles pour résoudre les problèmes que nous avons sur la Terre."

Pour Hans Peter Dürr, les êtres humains sont liés à la planète Terre ; c'est elle qui assure notre survie, même si nous pillons ses ressources sans nous soucier des générations futures. D'innombrables études des Nations Unies ont déjà identifié les problèmes qui nous attendent au siècle prochain : pénurie d'eau dans de nombreuses régions du monde ; en Afrique et dans le sud de l'Europe ; désertification de vastes régions à la suite du réchauffement croissant du climat ; multiplication des catastrophes naturelles et environnementales. Avec pour conséquence l'exode. Au XXIe siècle, des millions d'être humains deviendront des fugitifs. Nous avons énormément de travail devant nous, simplement pour maintenir à peu près l'équilibre de la vie sur Terre...