Sous le signe d'Hermès

colloque international sur la philosophie de l'éducation intitulé "Philosophie de l'éducation et formation des maîtres

 

Selon G. Canguilhem, "La philosophie n'a pas besoin de défenseur dans la mesure où sa justification est son affaire propre mais la défense de l'enseignement de la philosophie aurait bien besoin d'une critique de l'enseignement". Si l'on admet que philosopher revient à s'interroger sur notre condition d'être humain dans le monde, il est indéniable que l'éducation, et toute entreprise participant à la formation d'une subjectivité, au processus d'apprentissage, et aboutissant à l'individu social qui a une identité et un état social, impliquent un tel questionnement.
Pourtant, le statut de la philosophie de l'éducation pose problème dans les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (I.U.F.M.). L'accueil contrasté fait à un tel enseignement, notamment en première année, le reproche qui lui est adressé de la part des élèves "de ne servir à rien", "de n'être qu'un catalogue de modèles éducatifs", sont les symptômes du fait qu'une approche critique de l'éducation est souvent rejetée, combattue. Elle se trouve mise à mal en particulier par la logique des urgences qui préside au comportement de l'élève-professeur guidé par une anxiété, une peur de ne pouvoir en première année réussir aux examens, et en deuxième année répondre aux exigences pédagogiques.
Face à cette constatation, deux positions peuvent être soutenues. D'une part la position défensive conservatrice et finalement statique qui donne bonne conscience en permettant de s'assurer que le devoir a été et est toujours fait. D'autre part la position qui rejette l'immobilisme et le statu quo, n'hésitant pas à ébranler ses certitudes en écoutant les reproches critiques qui s'élèvent à l'encontre de l'enseignement de la philosophie de l'éducation.

Admettre et reconnaître la nécessité d'une réflexion sur l'éducation et sa finalité dans la formation des futurs professeurs ne signifient nullement assurer la pérennité de l'enseignement tel qu'il est pratiqué aujourd'hui. Pour assurer cette position critique que nous défendons, il nous paraît nécessaire de rejeter le gardiennage si répandu de la tradition philosophique à partir de débats théorisants et préférons nous adresser à ceux-là mêmes qui reçoivent cet enseignement.

Cette démarche nous conduit dans un premier temps à chercher à diagnostiquer l'origine de la discontinuité qui s'introduit de plus en plus entre l'histoire de l'éducation et l'éducation présente, et qui transparaît dans l'opposition manifestée par l'élève-professeur à l'égard de l'enseignement de la philosophie de l'éducation. Une deuxième étape de notre réflexion nous entraîne à reconsidérer le rôle de la philosophie de l'éducation aujourd'hui. Par là-même, nous considérerons également la finalité et les modalités de son enseignement qui ne peuvent ignorer la nécessité de lier le savoir à la culture, ce qui nous conduira également, pour conclure, à aborder le problème de l'éthique.